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LE CONCEPT
La PCEA est une technique de prise en charge de la douleur obstétricale
relativement récente (les premières publications datent
du début des années 90). L'Analgésie Contrôlée
par le Patient (PCA) par voie systémique est par contre largement
utilisée depuis de nombreuses années, et avec succès,
dans d'autres domaines (en particulier post-opératoire).
A Notre Dame de Bon Secours, elle est proposée aux patientes
depuis le début de l'année 1996. D'abord " réservée
" aux primipares, son utilisation a été élargie
à l'ensemble des quelque 2750 patientes qui accouchent dans le
service chaque année : sur 7 ans (près de 20 000 naissances)
notre taux d'anesthésies loco-régionales est supérieur
à 94% (84% pour les analgésies et anesthésies péridurales
et 10% pour les rachianalgésies et rachianesthésies) ;
près de 98% des césariennes
(15 % des accouchements ) sont pratiquées sous anesthésie
loco-régionale.
L'intérêt de cette nouvelle technique est multiple :
- l'absence de " hiatus " d'analgésie
vs. réinjections
- une meilleure analgésie périnéale à l'expulsion
vs. administration continue (SAP)
- la diminution des doses totales
administrées vs. administration
continue (- 25 à 30 %)
- une diminution de la charge de travail
des équipes (médecins
et IADE)
- et surtout, une augmentation de la satisfaction globale
des patientes, préférant être actives et gérer
leur analgésie
plutôt que la " subir " (plus de 95% de " parfaite
satisfaction maternelle " avec la PCEA dans une étude
menée
en 1996 dans notre établissement )
- de plus, cette technique
est utilisable en cas de déambulation,
de plus en plus pratiquée
par certaines équipes.
Il va de soi que cette technique est très séduisante mais
doit être expliquée, comprise et acceptée par
les patientes en consultation puis en salle de naissance. MODALITES d' ADMINISTRATION
Le bolus antalgique initial est toujours administré " manuellement
" par le médecin anesthésiste et son efficacité
doit être vérifiée avant d'initier une PCEA.
Schématiquement :
1. La perfusion continue de base (ou débit continu =
DC ) ne semble pas indispensable. En effet, aucune étude ne montre
son intérêt quand on la compare au mode " grand bolus
seul ".
Néanmoins, dans mon expérience (et dans quelques publications),
elle semble permettre de conserver un " fond " d'analgésie
continue qui évite la réapparition trop rapide des sensations
douloureuses et permet aux patientes de mieux " anticiper "
leurs besoins analgésiques et de " naviguer entre sensation
et perception " sans majorer le bloc moteur.
En tout état de cause, ce débit continu doit rester modéré
(< 5ml / h ).
2. Le bolus (B) et la période réfractaire (PR)
Selon les équipes, le choix se porte sur 2 schémas d'administration
:
- petit bolus ( < 8 ml) et PR courte ( < 10 minutes)
- grand bolus (>12 ml) et PR longue (> 20 minutes)
Pour ma part, je pense que ce second schéma ne correspond pas
parfaitement au concept de la PCEA, mais se rapproche de la technique
par réinjections à la demande (telles qu'elles sont pratiquées
par les anesthésistes, IADE ou les sages-femmes dans nombre de
maternités). Ce schéma procure des résultats similaires
aux bolus itératifs, c'est-à-dire une analgésie
satisfaisante.
Néanmoins, en théorie au moins, ces grands bolus ne permettent
pas d'être totalement à l'abri de complications liées
aux injections intra-vasculaires ou intra-thécales accidentelles,
même si les équipes qui utilisent des anesthésiques
locaux très peu concentrés ne rapportent semble t-il,
pas plus d'accidents (cf. JM Bernard à Bruge).
Par contre, l'auto-administration de petits bolus correspond à
autant de " doses-tests " et ne fait donc pas courir le même
risque. Le signe de migration du cathéter en dehors de l'espace
péridural se résumera à l'inefficacité des
bolus auto-administrés en cas d'injection intra-vasculaire, et
à une rachi-analgésie continue ( donc une " très
bonne " analgésie
) en cas de passage intra-thécal.
Mon choix se porte donc clairement vers le schéma " petit
bolus / PR courte " qui donne de très bons résultats
en terme d'efficacité analgésique (pour peu que les produits
employés soient adéquats) et me semble mieux " coller
" à la dynamique de l'accouchement, aux différences
selon la parité et aux souhaits des patientes.
3. Définir des doses maximales horaires ( ou pluri-horaires
) n' a pas d'intérêt en PCEA obstétricale ; en effet,
l'immense majorité des patientes accouchent en moins de 6 heures
et sont donc loin des doses toxiques ( dans notre étude de 1996,
moins de 50 mg de bupivacaïne ont été utilisés
en moyenne pour des déclenchements de primipares )
PRODUITS UTILISABLES en PCEA
1. Les Anesthésiques Locaux (AL)
Ce sont les composants essentiels de toute analgésie péridurale
( rachi-péridurale séquentielle exclue)
L'impératif majeur en Obstétrique est de ne pas engendrer
de bloc moteur tenu pour responsable de troubles de la mécanique
obstétricale et de l'augmentation du nombre des extractions instrumentales.
Le choix logique se portera donc vers des AL " à prédominance
sensitive " : bupivacaïne et ropivacaïne. Néanmoins,
ces AL et surtout la bupivacaine semble t'il, peuvent avoir, surtout
en cas de travail long, des actions " motrices " peu souhaitables.
De plus, des études récentes ont permis de déterminer
la MLAC (l'équivalent des DE 50) de ces AL qui sont efficaces
à des concentrations bien inférieures aux " doses-standard
". La MLAC des AL n'est pas " figée " mais qu'elle
augmente au cours du travail (en fin de dilatation, par exemple, elle
est multipliée par 3 ).
Ces MLAC deviennent ininterprétables dès lors qu'un adjuvant
opiacé ou a2-agoniste est utilisé, car leur effet analgésique
puissant " gomme " les différences de MLAC de chaque
AL , et ce de façon " dose-dépendante ".
Il est donc logique de n'utiliser que de faibles concentrations d'AL
( = 0,1% pour la bupivacaïne, ou = 0,125% pour la ropivacaïne,
qui semble moins puissante) du moins en début de travail, en
association avec un morphinique liposoluble et / ou un a2-agoniste.
Il faut rappeler que la ropivacaïne, AL à bloc sensitif
prédominant et à cardiotoxicité moindre, a été
proposée initialement comme pouvant être le seul agent
analgésique. Ceci est peut être possible mais au prix d'une
qualité globale d'analgésie inférieure à
celle d'une association d'analgésiques, surtout en fin de travail.
2. Les morphiniques
Les morphiniques liposolubles couramment utilisés pendant le
travail sont le fentanyl et le surtout le sufentanil. Associés
aux AL " dilués " à de faibles concentrations,
ils potentialisent leur effet et permettent de diminuer la dose totale
administrée des AL, donc de retarder l'apparition d'un éventuel
bloc moteur. Ils permettent également de diminuer l'incidence
des défauts d'analgésie (asymétries) et assurent
le " lissé " de l'analgésie. Les doses couramment
utilisées en bolus initial sont de 50 mg pour le fentanyl ( dose
totale pour tout le travail de 2 mg/kg) et de 5 à 10 mg pour
le sufentanil (dose totale pour tout le travail de 30 mg). Il semble
qu'il soit inutile d'augmenter ces doses en cas de travail rapide, souvent
hyperalgique (existence d'un " effet-plafond ") ; le recours
à une rachi-analgésie de fin de travail semblant alors
le meilleur choix ( par exemple : bupivacaïne 2,5 mg + sufentanil
5 mg + clonidine 15 à 30mg ).
Les autres morphiniques, hydrosolubles, comme la morphine, n'ont pas
de place au cours de l'analgésie obstétricale du travail.
Par contre, leur intérêt est réel en analgésie
post-césarienne quelque soit leur mode d'administration : par
voie intra-thécale (100 à 150 mg) ou par voie péridurale
(2 à 3 mg), la morphine procure une analgésie de qualité
et de longue durée ( > 20 heures) au prix d'effets secondaires
peu contraignants : en effet , aucun accident respiratoire retardé
n'a été décrit, chez des patientes jeunes et en
bonne santé, avec de faibles doses de morphine perimédullaire
ce qui permet une surveillance simple en secteur de suites de couches
3. Les autres adjuvants
1. Les a2-agonistes
Adrénaline et clonidine sont utilisés depuis de nombreuses
années en analgésie péridurale. Ces agents permettent
d'augmenter la durée d'action des AL en réduisant leur
réabsorption systémique.
La clonidine a fait la preuve d'un pouvoir antalgique propre par voie
périmédullaire et a montré son intérêt
en cas d'analgésie imparfaite surtout en fin de travail (douleur
périnéale) ; dans une étude récente la clonidine
(75 mg) associée à la ropivacaïne a permis d'en réduire
le délai d'action et d'en prolonger la durée. Si l'incidence
des hypotensions artérielles ou d'anomalies du RCF ne semble
pas significativement modifiée, elle est parfois responsable
d'un certain degré de sédation , surtout en association
avec un morphinique, qui n'est qu'exceptionnellement gênant.
Son administration a été évaluée en PCEA
dans une étude récente : la clonidine donne d'excellents
résultats ( en particulier sur la qualité de l'analgésie
et la disparition des frissons) au prix d'effets secondaires mineurs
avec des doses totales administrées de l'ordre de 200 mg.
2. La néostigmine, le midazolam et la kétamine,
doués de propriétés antalgiques expérimentales,
par leur action sur d'autres récepteurs (nicotiniques, GABAergiques
et NMDA) ne sont pas recommandables actuellement ; la plupart de leurs
solvants " français " sont neurotoxiques et leur efficacité
(souvent douteuse) n'est obtenue qu'au prix d'effets secondaires inacceptables.
PROTOCOLE PROPOSE pour la PCEA Obstétricale
| Bolus initial |
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PCEA - mélange de : |
| - ropivacaïne à 1,5 mg/ml : 10 ml ( 15
mg ) |
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- ropivacaïne à 1,2 mg / ml ( 60 mg /
50 ml ) |
| - sufentanil : 5 mg |
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- sufentanil à 0,4 mg / ml ( 20
mg / 50 ml ) |
| - clonidine : 50 mg |
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- clonidine à 2 mg / ml ( 100 mg / 50 ml )
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| Primipares |
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Multipares |
| - Débit Continu de 3 ml / h |
|
- Débit Continu de 3 ml / h |
| - Bolus de 6 à 8 ml (selon la taille) |
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- Bolus de 8 à 10 ml (selon la taille) |
| - Période réfractaire de 8 à
10 minutes |
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- Période réfractaire de 6 à
8 minutes |
| - Pas de dose maximale |
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Pas de dose maximale |
- En cas d'analgésie insuffisante en fin de travail : bolus
additionnel de 12 à 20 mg de ropivacaïne ( à 2mg/ml)
- En pratique : j'utilise, pour tout le travail, un Polyamp de 10 ml
de Naropeine® à 7,5 mg/ ml soit 75 mg que je dilue à
la concentration souhaitée.
SURVEILLANCE ET RE COMMANDATIONS
Conseils d'utilisation pour les patientes :
- Le bolus initial " devrait être efficace pendant 2 ou 3
heures "
- Ne pas attendre le retour de la douleur mais " essayer de l'anticiper
"
- Essayer de se fixer un " niveau de sensation " souhaité
et " naviguer dessus "
- Commencer à se servir du système dès que "
les contractions deviennent moins sympathiques "
- Ne pas hésiter à se servir de la PCEA surtout en fin
de dilatation
- Ne pas hésiter à appeler la sage-femme ou l'anesthésiste
si l'analgésie n'est pas suffisante - Ne pas demander à
leur conjoint d' appuyer sur le dispositif à leur place
Recommandations aux sages-femmes :
- Ne pas injecter à la place des patientes
- Ne pas interdire aux patientes de réinjecter en fin de travail
- Appeler l'anesthésiste en cas d'analgésie insuffisante
(travail rapide ou fin de travail)
- Arrêter le débit continu et éteindre l'appareil
de PCEA après l'accouchement
Surveillance :
- Surveillance obstétricale habituelle pendant le travail ( RCF,
tocométrie
)
- Surveillance conventionnelle d'une analgésie péridurale
( TA toutes les 20 à 30min.)
- Surveillance réglementaire de 2 heures en salle de travail
après l'accouchement
- Pas de consigne particulière pour les suites de couches
EN CONCLUSION
L'introduction de la PCEA dans notre institution a permis d'améliorer
la qualité de la prise en charge analgésique proposée
à nos patientes qui sont nombreuses à vouloir " démédicaliser
" leur accouchement ; la PCEA leur permet d'ajuster le débit
d'antalgiques à leurs besoins réels, les autonomisant
vis à vis de l'équipe soignante et " in fine "
de vivre au mieux cet événement ; des taux de satisfaction
maternelle extrèmement élevés et l'innocuité
de la méthode (absence de complication publiée), plaident
en faveur de sa plus large utilisation.
L'écueil principal à cette diffusion reste financier
dans la plupart des établissements, même si la PCEA peut
permettre de diminuer la charge de travail des personnels (ce qui n'est
jamais pris en compte dans le calcul du coût global), mais ce
qui, par les temps qui courent, revêt une importance toute particulière
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